Deux courses, deux démonstrations et un samedi qui restera dans la mémoire du trail français. Ben Dhiman a remporté l’UTMB 2026 en prenant seul les commandes avant la mi-course, puis en repoussant tous ses poursuivants. Quelques heures plus tard, Blandine L’Hirondel a tenu jusqu’au bout malgré une fin de parcours douloureuse pour signer sa première victoire sur l’épreuve reine. L’Américain s’impose en 18 h 16 min 29 s. La Française gagne en 21 h 54 min 49 s.
Un départ retardé, puis 174 kilomètres autour du Mont-Blanc
La course devait quitter Chamonix vendredi 28 août à 17 h 45. La menace orageuse a obligé l’organisation à décaler le coup d’envoi, donné peu avant 19 h 50. Les 2 407 partants se sont donc engagés de nuit sur une boucle d’environ 174 kilomètres et près de 10 000 mètres de dénivelé positif, à travers la France, l’Italie et la Suisse. Le passage par les Pyramides calcaires avait été retiré du tracé, comme en 2025.
Ce retard de deux heures n’a pas produit la nuit chaotique que les prévisions pouvaient laisser craindre. Après les orages qui avaient imposé la prudence au départ, les coureurs de tête ont bénéficié de conditions plus favorables, avec une nuit claire et une journée ensoleillée. Le terrain et les longues descentes ont néanmoins continué de prélever leur tribut. Plusieurs favoris, parmi lesquels Courtney Dauwalter et le vainqueur 2024 Vincent Bouillard, ont abandonné avant le lever complet du jour.
Le format restait celui d’une épreuve d’usure, malgré la légère modification du parcours. La préparation de la nuit avait d’ailleurs occupé une place particulière cette année, avec une consigne nouvelle sur la frontale à mode rouge obligatoire sur une portion de l’UTMB 2026. Une fois la course lancée, Ben Dhiman a rapidement transformé cette longue attente en poursuite solitaire.
Ben Dhiman part après les Contamines et ne revoit plus personne
Deuxième de l’UTMB en 2025, Ben Dhiman n’est pas venu gérer une place d’honneur. L’Américain installé dans les Pyrénées françaises a pris les commandes après les Contamines, aux alentours du 35e kilomètre, puis a consolidé son avance dans la montée du col du Bonhomme. Son choix était net : plutôt que d’attendre un groupe qui ne revenait pas, il a continué à courir à son rythme.
La progression des écarts raconte mieux sa course que n’importe quel qualificatif. À Courmayeur, après environ 80 kilomètres, Dhiman possédait déjà 19 minutes d’avance sur Baptiste Chassagne. Au Grand Col Ferret, point culminant du parcours, la marge approchait 22 minutes. Elle atteignait 28 minutes à Champex-Lac, après 127 kilomètres. À cet instant, le duel pour la victoire était pratiquement tranché, mais l’Américain devait encore franchir Trient, Vallorcine, La Flégère et la descente finale vers Chamonix.
Dhiman n’a pas seulement protégé son avance. Il a traversé Vallorcine en restant offensif, s’est relevé après une chute dans la dernière partie de course et a continué sans rupture visible. Il a franchi la ligne en 18 h 16 min 29 s, devenant le premier coureur sous les 19 heures sur l’UTMB. La comparaison avec les records des anciennes éditions doit rester prudente, car le parcours 2026 était raccourci par rapport au tracé traditionnel. Sur la même version que celle utilisée en 2025, il améliore toutefois de plus d’une heure le temps du vainqueur sortant Tom Evans.
Son succès a aussi la valeur d’un aboutissement. Dhiman avait abandonné lors de ses deux premières tentatives, en 2023 et 2024, avant de terminer deuxième en 2025. Pour sa quatrième participation, il gagne avec 31 min 09 s d’avance sur Baptiste Chassagne. La patience accumulée pendant trois éditions s’est changée en une course menée de bout en bout.
Chassagne conserve la deuxième place pour 46 secondes
Derrière le vainqueur, la bataille n’a jamais cessé. Baptiste Chassagne a longtemps occupé seul la deuxième place, tandis que Joaquin Lopez et plusieurs Français se disputaient les positions suivantes. Caleb Olson a progressivement remonté le groupe de chasse. L’Américain a dépassé Lopez entre Trient et Vallorcine, puis a tenté de reprendre Chassagne dans les derniers kilomètres.
Le Français a résisté jusqu’à Chamonix. Il boucle l’épreuve en 18 h 47 min 38 s, comme en 2024 à la deuxième place. Olson arrive en 18 h 48 min 24 s. Quarante-six secondes seulement séparent les deux hommes après près de dix-neuf heures de course. Ce duel donne au podium une densité que l’avance de Dhiman aurait pu masquer.
Virgile Moriset prend la quatrième place en 19 h 00 min 23 s, devant l’Équatorien Joaquin Lopez en 19 h 06 min 48 s et l’Allemand Hannes Namberger en 19 h 13 min 51 s. Gautier Bonnecarrère, Antoine Charvolin, Yannick Noël et le Suisse Jean-Philippe Tschumi complètent le top 10. Les dix premiers terminent sous les vingt heures, Tschumi fermant ce groupe en 19 h 58 min 24 s.
| Place | Coureur | Pays | Temps |
|---|---|---|---|
| 1 | Ben Dhiman | États-Unis | 18 h 16 min 29 s |
| 2 | Baptiste Chassagne | France | 18 h 47 min 38 s |
| 3 | Caleb Olson | États-Unis | 18 h 48 min 24 s |
| 4 | Virgile Moriset | France | 19 h 00 min 23 s |
| 5 | Joaquin Lopez | Équateur | 19 h 06 min 48 s |
| 6 | Hannes Namberger | Allemagne | 19 h 13 min 51 s |
| 7 | Gautier Bonnecarrère | France | 19 h 23 min 16 s |
| 8 | Antoine Charvolin | France | 19 h 40 min 33 s |
| 9 | Yannick Noël | France | 19 h 51 min 42 s |
| 10 | Jean-Philippe Tschumi | Suisse | 19 h 58 min 24 s |
Blandine L’Hirondel transforme la régularité en victoire
La course féminine a suivi un autre scénario. Rachel Entrekin, Blandine L’Hirondel et Lucy Bartholomew ont animé le début d’épreuve, alors que Courtney Dauwalter perdait du terrain avant d’abandonner à l’Arête du Mont-Favre. Entrekin conservait encore une courte avance au cœur de la nuit. L’Hirondel a attendu que la course bascule vers Courmayeur et le lac Combal pour s’installer devant.
La Française a pris la tête après environ 70 kilomètres et ne l’a plus quittée. Son avance restait limitée à quelques minutes au lever du jour, puis elle s’est élargie dans la seconde moitié de la boucle. À Champex-Lac, L’Hirondel possédait 34 minutes sur Entrekin. À Trient, la marge dépassait 40 minutes. Derrière, Emily Schmitz revenait sur Careth Arnold et se rapprochait d’Entrekin pour transformer la lutte pour le podium.
La dernière montée vers La Flégère a offert l’une des images de cette édition. Portée par une foule compacte, L’Hirondel a atteint l’ultime ravitaillement avec une avance confortable, mais les kilomètres avaient laissé des traces. Dans la descente technique vers Chamonix, elle est tombée, s’est relevée en boitant, puis a chuté une nouvelle fois. Elle a repris sa course sans céder la première place.
L’arrivée a mêlé le soulagement à l’épuisement. L’Hirondel a franchi la ligne en pleurs en 21 h 54 min 49 s. Entrekin a terminé deuxième en 22 h 15 min 54 s, soit 21 min 05 s plus tard. Schmitz, qui disputait son premier UTMB à 45 ans, a pris la troisième place en 22 h 17 min 28 s, à seulement 1 min 34 s de sa compatriote.
| Place | Coureuse | Pays | Temps |
|---|---|---|---|
| 1 | Blandine L’Hirondel | France | 21 h 54 min 49 s |
| 2 | Rachel Entrekin | États-Unis | 22 h 15 min 54 s |
| 3 | Emily Schmitz | États-Unis | 22 h 17 min 28 s |
Une première française depuis Caroline Chaverot en 2016
Cette victoire dépasse le seul classement 2026. Troisième de l’UTMB en 2023, Blandine L’Hirondel attendait encore son succès sur la plus longue des finales du circuit. Elle avait déjà gagné la CCC en 2021 puis l’OCC en 2022. Avec l’UTMB, elle complète désormais le triplé OCC, CCC et UTMB, une combinaison que très peu de coureurs ont réussie.
La performance prend un relief supplémentaire au regard de sa préparation. La double championne du monde de trail avait expliqué avant la course qu’une endofibrose iliaque à la jambe gauche la gênait depuis plusieurs mois. Elle ne se présentait pas à Chamonix avec la certitude de pouvoir suivre toutes les accélérations. Son projet consistait plutôt à maintenir une intensité basse et régulière. C’est précisément cette constance qui lui a permis de reprendre Entrekin, puis de creuser un écart décisif.
L’Hirondel devient aussi la première Française victorieuse depuis 2016, année du succès de Caroline Chaverot. Dix ans plus tard, le public de Chamonix a accompagné une nouvelle victoire tricolore sur l’épreuve féminine. Son arrivée complète une journée déjà marquée par la deuxième place de Chassagne et par quatre Français dans les huit premiers hommes.
Ce que les résultats 2026 changent dans l’histoire récente de l’UTMB
Ben Dhiman et Blandine L’Hirondel ont gagné de manière différente. L’Américain a imposé une allure que personne n’a pu suivre après les Contamines. La Française a construit son avantage par la régularité avant de défendre sa course dans une descente finale devenue difficile. Dans les deux cas, la victoire s’est décidée bien avant Chamonix, mais elle n’a été acquise qu’après le dernier passage à La Flégère.
Le résultat de Dhiman confirme sa progression après sa deuxième place de 2025. Celui de L’Hirondel complète un palmarès déjà riche sur les autres distances de la semaine du Mont-Blanc. Ces deux noms s’ajoutent à l’histoire des ultra-trails devenus des références internationales, sans effacer la particularité du parcours 2026 ni les conditions qui empêchent les comparaisons simples entre toutes les éditions.
Les podiums de tête sont désormais fixés, tandis que le classement général continue de se remplir au fil des arrivées des coureurs disposant d’un temps maximal beaucoup plus long. Le classement officiel de l’UTMB 2026 permet de suivre ces arrivées, les abandons et les temps par catégorie. Pour l’élite, le verdict du samedi 29 août est déjà complet : Dhiman et L’Hirondel règnent sur l’UTMB 2026, Chassagne et Entrekin prennent les deuxièmes places, Olson et Schmitz complètent les podiums.